Alors que je me sentais comme de ces animaux éventrés, la tête en bas et les organes béants dans un décor d'inox, un phénomène étrange qui relève du destin a transformé cet état végétatif mortuaire en euphorie insoutenable.
J'étais en train de m'évertuer à cellophaniser l'ego d'un gentil jouet, souriant et vide comme les autres, qui m'avait été utile à l'absorption de mon mal être, lui expliquant avec une franchise tranchante que j'avais la ferme intention d'arrêter de baiser par politesse ou par ennui; juste là. Ce genre d'instant où la prière pour une action mystique sortie de nulle part qui pourrait nous sortir de là se fait avec minutie; il est sorti de je ne sais où.
Et là les oeillères font le reste, le sourire indécollable et très mal placé dans ce genre de situation s'impose, tout est hors de contrôle, on se retrouve aussi seul que dans un ascenseur alors tout est possible et on ne se soucie guère d'autrui. C'est une espèce de sensation d'orgasme physique, comme de l'héroïne glacée qu'on sentirait passer dans les veines, sous la peau, à s'en faire dresser les poils jusqu'au plafond.
Le timing c'est ça qu'on dit? Je ne sais quelle énergie mystique l'a poussé à me retrouver maintenant, mais c'était on ne peut mieux choisi. Dire que j'en parlais y'a de ça dix jours à peine.. On ne peut plus croire aux coïncidences, c'est bien plus complexe que ça.
Plus rien ne m'importe, je suis imperméable aux derniers souvenirs qui m'avaient amochés comme si l'on me montrait des photos de famille d'un inconnu. Les blessures récentes ont disparu sans même laisser de cicatrices, de manière presque effervescente. Le passé plus profond me brûle les tripes et s'est ravivé instantanément comme un craquement d'allumette. C'est presque trop facile. C'en est agaçant.
Je n'aurais jamais crû renouer avec mon fossoyeur d'organe vital, le responsable de ma quête vaine vers quelque chose de stable; et au lieu de lui cracher dessus, je vais courir dans un train pour le prendre dans mes bras et me sentir à nouveau enfin complètement humaine quelques instants..6 ans après.
C'est pathétique. Mais je m'en bat les couilles.